vendredi 28 janvier 2011

Créer, c'est résister. Résister, c'est créer.

Par delà le succès mais aussi les indignations que suscite l'opuscule de Stéphane Hessel (à gauche) – qui aurait peut-être dû se limiter à une réflexion sociétale et à portée universelle –, je ne saurais trop recommander le dernier chef-d'œuvre d'indignation qu'est le dernier roman de Philip Roth (à droite). L'indignation à l'estomac, pour paraphraser Gracq. « ... je chantais dans ma tête le plus beau mot de la langue anglaise : « In-di-gna-tion »» Mais qu'on le lui donne, ce Nobel, à Roth !

Indignez-vous !, Stéphane Hessel, Indigène Editions, décembre 2010.
Indignation, Philip Roth, Gallimard, septembre 2010.

dimanche 23 janvier 2011

Proust-toi d'là qu'j'm'y miette

A une époque où tout va de plus en plus vite, je propose ici un digest de l'œuvre référence de Marcel Proust, version zippée pour briller dans les dîners, sachant que personne ne l'a lue mais que tout le monde est en droit d'en parler (ce qui me rémémore cette réponse de Yves Bonnefoy, le poète, dans une interview : Je n'ai pas compris votre question mais ça ne va pas m'empêcher d'y répondre).
LONGTEMPS JE ME SUIS COUCHÉ DE BONNE HEURE* [...] ET TOUT D'UN COUP LE SOUVENIR M'EST APPARU. CE GOÛT C'ÉTAIT CELUI DU PETIT MORCEAU DE MADELEINE** [...] ALBERTINE AVAIT UNE PRONONCIATION SI CHARNELLE ET SI DOUCE QUE, RIEN QU'EN VOUS PARLANT, ELLE SEMBLAIT VOUS EMBRASSER*** [...] MME VERDURIN LUI DEMANDA : « AVEZ-VOUS PRIS DE MON ORANGEADE ? »**** [...] TOUT LE MONDE EST TOUJOURS PRESSÉ, ET ON PART AU MOMENT OÙ ON DEVRAIT ARRIVER***** [...] CE QU'ON AIME EST TROP DANS LE PASSÉ****** [...] DANS LE TEMPS*******.

* Du côté de chez Swann
** A l'ombre des jeunes filles en fleurs
*** Le Côté de Guermantes
**** Sodome et Gomorrhe
***** La prisonnière
****** Albertine disparue
******* Le Temps retrouvé

L'infra-visible #02

Profitant du repos dominical et de croûtons de pains, j'ai préparé du pain perdu. Perdu comme le temps de Proust dont j'extrais cette phrase qui accompagnera très bien cette chronique de l'infra-visible : « ...j'essayais de trouver la beauté là où je ne m'étais jamais figuré qu'elle fût, dans les choses les plus usuelles... ». Dont les petits hasards de la vie. Et je reviens donc là au pain perdu dont je cherchais une recette à défaut de trouver la recette. J'ouvre donc un premier recueil de desserts au titre prometteur Au plaisir des desserts (Editions Soline, 1994, traduit de l'anglais) – sous-titré Recettes légères et succulentes des années quatre-vingt-dix – qui m'envoie en page 60 pour la recette du pain perdu. Il est toujours bon de comparer a minima deux recettes d'une même préparation : j'ouvre donc un ouvrage récent au titre non moins prometteur, Le Meilleur des desserts (Editions Hachette, 2009), écrit en collaboration par une cuisinière de référence, Françoise Bernard, et un pâtissier de renom, Sébastien Gaudard. Et où la table des recettes ne m'envoie-t-elle pas pour la recette du pain perdu ? En page 60 ! Je n'ai pas risqué de rompre le charme d'un tel hasard en ouvrant un troisième livre de cuisine.

jeudi 13 janvier 2011

The New Yorker, janvier 2011

samedi 8 janvier 2011

En exclusivité pour les lecteurs de ce blog, la collection complète des stylos Bic 4 couleurs

United colors. Made in France sur le corps du stylo, c'est un message marketing ? 2,50 € le stylo, donc 62,5 cents seulement la couleur.

De nos jours, dès qu'on meurt on n'existe plus

Force est de constater que le dernier CD, post mortem, de Michael Jackson est un flop. Déjà oublié et (peut-être) enterré, Bambi. Il en va ainsi de tout people. Une nécro et ciao. En ces temps fugaces, ne vaut que le culte du vivant. "Dès que quelque chose disparaît, il est immédiatement remplacé par quelque chose de nouveau" (Andrzej Stasiul, Neuf). Nous sommes loin de la Chambre verte de Truffaut. Rendus au limbes de l'oubli, donc, les monstres du cinéma – de leur temps – tels des Gabin, des Fellini ou des Montand, balayés les présentateurs TV mis à l'ombre des sunlights ou les princesses du peuple, épuisés des catalogues les auteurs morts, et j'écoutai ce jour sur les ondes que le cimetière de Jarnac ne fait plus recette. L'œuvre qui n'est plus portée par son auteur est une œuvre morte, elle aussi.
Mais aussi, parfois, cet étonnement (Non ??! Tu es sûr ?) d'apprendre que tels éléments de notre paysage audio-visuel ont disparu depuis plusieurs mois, quelques année, sans qu'on l'ait su. Ils renaîtront une fois peut-être, dernier soubresaut en guise d'hommage, avec la voix off et monocorde de tel présentateur hagiographe et romantique, sur des images noir et blanc traitées archives, accompagnées de la musique du Mépris. Le temps restera suspendu quelques instants. On reviendra quelques années en arrière. Une petite bouffée de passé avant de replonger dans l'actu.
Il faut de la place pour les autres, pour les vivants car tout va, passe et lasse toujours plus vite, car l'offre est pléthore, car déjà Stefani Joanne Angelina Germanotta (alias Lady Gaga) pousse Madonna vers la sortie, car il faut déjà passer à la fibre optique, car les mises à jour se succèdent sur un rythme exponentiel et que, dans une société où tout reste en suspension, où rien ne sédimente, ne laisse trace, il n'y a dès lors plus de place pour la mémoire. ni le culte des morts. Continûment, nous passons à autre chose – on appelle aussi cela l'ennui. Le temps moderne, c'est la fuite du temps. C'est le présent seul. Le roi est mort ? Vive le roi.

jeudi 30 décembre 2010

2011 : the it year

Belle année à ceux qui viendront jusque ici et à tous les autres.

Photo D.R.

Dear Dantzig

Nous étions vous et moi en col roulé noir : cela crée d'emblée quelque affinité. Mais là n'est pas le propos. Je voudrais simplement ici m'excuser, au nom des Lyonnais, pour l'auditoire très réduit lors de votre dernière lecture (10 décembre 2010) en cette librairie de la place Bellecour à l'occasion de la parution de votre dernier opus : Pourquoi lire ? Certes, vous tombâtes en pleine fête des lumières – il ne s'agit pas de celles du XVIIIe – et cela peut expliquer quelques défections. Mais dix (10) personnes sur les cinq cent mille (500.000) que compte notre agglomération, c'est peu. Je dis dix mais mon voisin de derrière dormait lorsque nous nous sommes levés pour la traditionnelle séance de dédicace. Probablement bercé par vos propos toujours intéressants, riches en digressions et portés par un amour immodéré et communicatif de la littérature. Celle-ci intéresse-t-elle encore en ces temps d'interactivité, de numérisation et de dématérialisation ? Il n'y a pas de réponse à la question dans votre livre. Ou mille, ce qui revient au même. Ou bien celle-ci à travers ces quelques mots que vous avez prononcés et que j'espère rapporter fidèlement : la littérature préserve notre faiblesse.

Bien amclt. à vous.

PS : vous a-t-on déjà dit que vous n'étiez pas sans ressemblance avec cet acteur anglais comique dont j'ai oublié le nom ? Ah, si, ça me revient : Rowan Atkinson, alias Mr. Bean. Soyez rassuré : je suis un piètre physionomiste.

Pourquoi lire, Charles Dantzig, Editions Grasset, 2010
Charles Dantzig a également publié, entre autres, Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (2009), Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005), A quoi servent les avions ? (2001).

jeudi 23 décembre 2010

dimanche 14 novembre 2010

L'infra-visible #01


L'infra-visible c'est le monde du quasi éthéré car diffus, incertain et confondant de banalité : votre regard glisse, absent, indifférent, vide, désabusé sur ces objets, ces choses qu'aucune aspérité n'arrête, ou tellement familiers qu'on ne les voit plus, n'y prête aucune attention. Ce "bruit de fond", écrivait Georges Perec dans L'infra-ordinaire (1973-1981), forme générique de l'infra-visible.
Ainsi en va-t-il de cette infra-visibilité à propos de ce petit lien rouge (Cf. photo) qui facilite l'ouverture de tel ou tel paquet de biscuits et qui longtemps – un fil – assura celle des boîtes de la vache-qui-rit. «Ouverture facile» est-il écrit souvent à côté de ces discrets mécanismes. N'était que l'on parvient rarement à en trouver l'amorce (c'est mon fils qui le dit).
Et pourtant – ouvrons ici une parenthèse – dans notre société dite de consommation, n'est-ce pas la fonction qui s'efface derrière l'outil ? L'appareil photographique devient ainsi plus important que les photos qu'il produit, l'écran plat plus référent que les émissions qu'il diffuse (sinon pourquoi changer son vieux tube cathodique ?), le portable et ses multiples applications plus précieux que la simple téléphonie, la voiture plus estimable que le trajet.

Feuilletant à nouveau, pour l'occasion, quelques pages de l'ouvrage de Perec, supra, je tombe sur la première phrase d'un court texte – Promenades dans Londres : "La première fois que je vis Londres, je la trouvai franchement laide". Il y a toujours un bon moment pour lire les livres ; or c'est souvent ou trop tôt ou trop tard. En 1989, lorsque je lus cet opuscule de cent vingt pages, je n'avais pas encore dévoré (c'est le mot) l'Aurélien d'Aragon et moins encore sa phrase d'incipit : "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide." Il n'y a pas de hasard avec Perec.
Mais cette digression nous a éloignés de l'infime, du détail, du brimborion et autres vétilles. Preuve que ces derniers ne suscitent décidément pas l'intérêt.

vendredi 12 novembre 2010

Fish & no chips


Votre pointeur n'a pas d'appât ? Il attire quand même ces poissons multicolores. Cliquez où voulez et donnez-leur à manger.

dimanche 24 octobre 2010

Mais qui lit Wilhelm Genazino ?

Le dernier opus de Wilhelm Genazino est paru en France : Le bonheur par les temps éloignés du bonheur (Das Glück in glücksfernen Zeiten, 2009). Pas d'article dans Lire ni Télérama. Je passe donc à la Fnac : aucun ouvrage en exposition et seulement trois exemplaires en rayon. Je repasse une semaine plus tard : les deux exemplaires que j'ai laissés sont toujours là. Pas d'exemplaire chez Virgin ni dans la deuxième Fnac de la capitale des Gaules. Certes, il reste encore quatre ou cinq autres bonnes librairies en centre ville que je n'ai pas encore trouvé le temps de visiter mais, sur ce premier constat, je conclus que je suis ici le seul lecteur de Genazino.

Aussi ai-je dans l'instant l'immense honneur d'appeler à la fondation d'un mouvement en faveur de la connaissance et de la promotion de cet auteur allemand né en 1943 et qui reçut en 1997 le prix Georg Büchner, l'équivalent allemand de notre Goncourt. Qui le lit me suive !

Le titre superbe du dernier ouvrage paru (Cf. photo) résume à lui seul le côté rêveur, ironique, décalé, drôle et poétique de Genazino,

mercredi 13 octobre 2010

Oh, Baaaaaaabe... je l'avais complètement oublié ce cher Hurricane Smith

Je l'avais complètement oublié celui-là et, sans la moindre madeleine, ç'est remonté soudain à la surface, preuve que tout reste bien accroché à l'hélice comme dans Plein soleil (1960). Une voix unique, nasillarde, avant Joe Cocker ou Gilbert O'Sullivan. Je l'avais en 45 tours. C'est probablement le seul hit de Norman Smith, son vrai nom, et c'était en 1972 (il s'était lancé dans l'interprétation après avoir été l'ingénieur du son des Beatles puis des Pink Floyd). Je le découvre pour la première fois en vidéo ! Trois minutes vingt-trois de bonheur. Très Fashion Week le costard (et encore plus drôle sur la vidéo du morceau Don't let it die, son premier hit, où il porte un sorte de pyjama rouge). Would there suddenly be sunshine on a cold and rainy day Oh, Babe, What would you say ? Mais sur la face B,  quel titre ?

PS : non – je découvre cette info à l'instant – Hurricane Smith n'est pas mort le 3 mars 2008. Je ne peux le croire. C'est une mauvaise blague, une rumeur, un canular. Vous oubliez les gens et il meurent ? Dites-mois, oui, dites-moi que l'ouragan est toujours là, paisible.

mercredi 30 juin 2010

Vous allez rire

Vous allez rire : j'ai acheté 5 € une bouteille d'eau. Vide. De 50 cl seulement. Va pour la rigolade. Bon, séchez vos larmes. C'était pour un beau – j'allais écrire "bon" – geste. Ou un l'eau geste (« Publicitaire, sors de ce corps ! »). En effet, l'objet est de Starck, c'est écrit au cul du flacon, et distribué chez Agnès B. au profit de la fondation France Libertés (2 € lui sont reversés). Présidée par Danielle Mitterrand, la fondation œuvre, entre autres actions, pour que l’eau ne soit plus une marchandise et que l’accès à l’eau devienne un droit universel. Aujourd’hui dans le monde, 34 000 personnes meurent chaque jour du manque d’eau potable, 1,5 milliard de personnes n’y ont pas accès et 9 pays se partagent 60% des réserves mondiales d’eau. Nous sommes tous responsables chacun à notre niveau de la sauvegarde de l’eau, élément vital et irremplaçable.

Devenir un Porteur d’eau en adhérant à la Fondation, c’est participer au respect de la charte suivante :
1. L'eau n'est pas une marchandise, l'eau est un bien commun non seulement pour l'Humanité mais aussi pour le Vivant.
2. Afin de garantir la ressource pour les générations futures, nous avons le devoir de restituer l'eau à la nature dans la pureté d'origine.
3. L'accès à l'eau est un droit humain fondamental qui ne peut être garanti que par une gestion publique, démocratique et transparente, inscrite dans la loi.

Remplisser votre flacon au robinet : ça fait un très joli presse-papier dans lequel on peut boire, mais pas trop sinon toutes les feuilles s'envolent.
Plus d'infos sur http://www.france-libertes.org

dimanche 6 juin 2010

ÖÖÖ

Toujours dans les O, avec triple tréma cette fois, le nom de ce quartier d'Helsinki : Töölö. J'adöre.

jeudi 3 juin 2010

OOO

Reçu ce jour, réponse automatique bilingue d'un mail en absence, ce triptyque de voyelles : OOO. Triple zéro ? Non. Out Of Office, tout simplement.

samedi 29 mai 2010

Ça se prononce comme ça s'écrit



















Dans la veine exotique d'Apichatpong Weerasethakul (palme d'or 2010 avec Uncle Boonme, celui qui se souvient de ses vies antérieures) et d'Eyjafjallajökull, le grondant volcan islandais, je propose, pour honorer la France dans ce bel embrouillamini syllabique, le joli nom eschscholtzia, petite fleur des champs (Cf. illustration).

samedi 17 avril 2010

Lettre ouverte à Monsieur Jacques ROGGE, président du CIO



















Monsieur,

encouragé par les progrès rapides et probants enregistrés sur mon temps de trajet quotidien en vélo'v (made in Lyon) entre mon domicile et mon bureau – un gain de 3 minutes et 1 seconde en quelques semaines, dans un respect scrupuleux des règles de circulation – j'ai l'honneur par la présente de vous proposer d'inscrire cette discipline cycliste pour les prochains jeux de Londres. Il va bien évidemment de soi que ma participation vous est dès maintenant acquise.
Bien sportivement vôtre, avec toute ma considération et sentiments respectueux.